ACCUEIL

 

 

Article complet au format pdf, cliquer ici

 

 

Fraternité, droits de l’homme et esprit de la méthode expérimentale

Réflexions sur les bases épistémologiques de la fraternité

et des droits de l’Homme

 

Frédéric Elie, 5 novembre 2008, modifié mars 2009, avril 2012

 

La reproduction des articles, images ou graphiques de ce site, pour usage collectif, y compris dans le cadre des études scolaires et supérieures, est INTERDITE. Seuls sont autorisés les extraits, pour exemple ou illustration, à la seule condition de mentionner clairement l’auteur et la référence de l’article.

 

« Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. »

 

Cette phrase constitue le premier article de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, rédigée en 1948 avec la contribution déterminante de René Cassin. Sa mise en œuvre nécessite encore de nombreux progrès à accomplir dans le monde, malgré toutes les bonnes volontés et les intelligences qui ont réussi à inscrire ce principe aux plus hauts niveaux institutionnels et dans des actions humanitaires.

On pourrait se demander quels arguments sous-tendent cette exigence d’égalité en droit et de fraternité entre les êtres humains. Sont-ils métaphysiques ? Beaucoup affirment que oui, invoquant une raison, fût-elle naturelle, ou bien un être transcendant qui imposent cette exigence à l’humanité.

Sont-ils scientifiques ? Nombreux sont ceux qui soutiennent que la science, tout au moins ses résultats, ne traitent que du comment des choses et non de leur raison d’être. Ils n’ont pas tort s’agissant des résultats, mais pour ce qui est à la base de la démarche scientifique – le principe d’objectivité tel que je l’ai présenté en [2] – ce n’est pas si évident : une éthique fondée sur le droit au doute, la tolérance, la libre pensée, voire l’humilité, peut s’en dégager. L’immuabilité du principe d’objectivité est source de mouvements dans la connaissance et dans nos rapports avec la nature et les hommes, et les horizons du savoir se déplacent avec ces mouvements, tout en ne donnant jamais de la réalité indépendante, supposée existante, une vision totalement nette, fidèle et sure (cf. par exemple [5]), les « lois » de la nature qui sont obtenues par son exploitation sont elles-mêmes souvent des « fictions » au sens de [3]. Le principe est lui-même provisoire : il se justifie aussi longtemps qu’il est reconductible par sa mise en œuvre dans la démarche expérimentale. Les résultats de la science ne sont jamais définitifs ni absolus : assujettis à des domaines de validité que bornent les expériences, et qui doivent toujours être identifiés sous peine sinon d’être des idéologies, ils sont toujours en attente de résultats qui les engloberaient – ou qui les contrediraient – dans un modèle plus général, et ils sont soumis au critère de réfutabilité de Karl Popper.

Si, par exemple, certains justifient l’absence de solidarité et de fraternité entre les hommes, et défendent une concurrence égoïste, en invoquant le principe de « sélection naturelle » darwinien, ils commettent, en mon sens, une double erreur épistémologique. La première est qu’ils exploitent un résultat, censé expliquer comment s’effectue entre autres l’évolution des espèces, pour en faire une raison d’être des choix de comportements à faire pour les groupes humains. La seconde erreur réside dans le fait que ce résultat scientifique doit être considéré, comme tout autre, provisoire : il « marche » dans certains cas, dans un domaine de validité expérimentale où les situations sont comparables ; mais il trouve probablement ses limites dans un système où l’évolution des êtres vivants dépend aussi des décisions qu’ils prennent parce qu’ils sont doués de raison et de conscience, en l’occurrence le système humanité. En outre le principe darwinien bien compris n’exclut pas les comportements de solidarité que l’observation montre chez certaines espèces, car rien n’interdit que la « sélection naturelle » induise aussi, dans une espèce, la recherche de l’unité, de la protection et de l’utilisation de toutes les aptitudes dans le groupe, pour être plus « fort » dans ses chances de survie biologique…

Alors, le principe de fraternité, et son extension dans les droits de l’homme, s’appuient-ils sur des arguments qui sont, tout simplement, proprement humains ? Si oui, il semble résulter d’un choix, d’une décision collective de s’engager sur une voie de comportements individuels et communautaires qui soit la moins mauvaise possible pour préserver notre existence dans l’univers et assurer la pérennité de l’espèce humaine. Mais il ne s’agit pas d’un choix arbitraire. Sans préjuger des cheminements intellectuels ou spirituels empruntés par les unes ou les autres personnes convaincues de ce choix, j’essaie, dans cet article, de montrer le côté non arbitraire de ce choix, en m’appuyant partiellement sur les raisons évoquées plus haut (métaphysiques avec l’éthique de tolérance qui découle selon moi du principe d’objectivité, scientifiques avec la nécessité de survie biologique de l’humanité). Je propose qu’il en découle une déclinaison de la fraternité humaine suivant trois piliers : l’Humilité, le Service et la Patience.

Mais à ces raisons partielles il faut ajouter le fait que l’homme, tout en faisant partie de la nature et résultant de ses processus d’évolution, est aussi un système complexe avec ses propriétés nouvelles et caractéristiques, mais toujours naturelles (notamment la raison et la conscience) qui font qu’il est devenu maître et responsable de son propre devenir.

Ce rapport qui peut exister entre la fraternité humaine et l’esprit de la méthode expérimentale pourra sembler surprenant ou irrecevable, mais il instruit la conviction non arbitraire, sans trop de métaphysique ni trop de science, mais sûrement pas religieuse, que cette démarche est une voie prometteuse pour le devenir de l’humanité entière...



©Frédéric Élie, 5 novembre 2008, mars 2009, avril 2012 - http://fred.elie.free.fr - page 1/2