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Réflexions sur la méthode expérimentale

 

Frédéric ELIE

Article rédigé en mars 2005, modifié le 30 décembre 2005

et mars 2009

 

 

 

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introduction et résumé des idées développées:

 

1 Il n’y a pas de finalité préétablie qui justifie nos actions ou notre présence dans l’univers. Ce principe est le fondement de l’esprit de la méthode expérimentale, aucun événement de la nature ne peut être interprété en vertu d’une finalité ultime qui le justifierait a priori. Toutefois, ce principe n’interdit pas de rechercher les finalités, ou programmes, qui motivent un système complexe au niveau local : le système existe pour chercher un équilibre avec son environnement interne et externe et tout ce qu’il entreprend en ce sens constitue une finalité locale, dont la raison d’être est aussi contingente que l’existence même du système. Cette situation ne préjuge nullement du niveau de complexité que peut montrer le comportement localement finalisé du système dans cette recherche d’adaptation, complexité qui peut être telle que, en première analyse, le système semble suivre une téléologie universelle !

 

2 le principe d’objectivité est une donnée première de l’univers observable (plus précisément expérimentable), et ses bases fondamentales, les informations dont il est la manifestation nous sont à jamais inaccessibles par la seule démarche expérimentale. Ces bases constituent la « réalité sous-jacente ou ultime » : le principe d’objectivité en pose l’existence mais interdit d’y accéder par sa seule exploitation (Tout esprit scientifique croit en l’existence d’une réalité indépendante de l’observation, plus ou moins lointaine à nos expériences, mais rares sont ceux qui pensent que la seule pensée scientifique peut nous y mener, comme semblait le penser Einstein (démarche « réaliste »))

 

3 scientifiquement le principe d’objectivité aboutit à la méthode fondamentale de l’invariance (dont le principe de causalité est un aspect assez restreint)

 

4 pour l’homme le principe d’objectivité aboutit au principe de contingence (ou de gratuité) : apparition due au hasard, par un concours de circonstances que l’on suppose non prémédité, mais dès lors nécessité d’évoluer et d’agir pour conserver son existence. Toutes les actions, même complexes et parfois apparemment contradictoires à ce principe, participent à une recherche consciente ou inconsciente d’un équilibre dynamique, toujours sophistiqué, toujours métastable et fragile. L’absence de téléologie universelle et anthropocentrique fait que l’éthique humaine, c’est-à-dire les critères d’actions, ne puise pas de justification dans une mission à remplir dans le cosmos, ni même dans une soi-disant raison naturelle, mais est le résultat d’un compromis perpétuel entre les diverses contraintes dont le respect plus ou moins grand conditionne tout autant la pérennité de l’espèce humaine et de chaque individu.


5 Sous ce principe de contingence, exister devient, pour l’homme et pour l’humanité, la mise en œuvre de projets qui sont à la mesure de l’homme et qui le caractérisent, c’est laisser s’exprimer sous des formes diversifiées et compatibles les programmes d’adaptation de l’homme avec les autres hommes et avec son milieu. De par l’absence de téléologie, aucun extrémisme ne peut être justifié dans un projet, et c’est le seul principe radical qui peut être suivi. Et comme l’unique façon, adéquate à l’esprit humain, de saisir la réalité en respectant cela réside dans la démarche expérimentale, on devra appliquer aux choses de la vie et de la société les mêmes recommandations de prudence et d’objectivité qui prévalent dans cette démarche. Et par conséquent veiller à maîtriser toute dérive totalitaire idéologique, métaphysique ou religieuse. Sans pour autant renoncer à une certaine spiritualité, laquelle peut parfaitement s’accorder au principe de contingence, ainsi qu’on le verra ci-après.

 

6 Pour les systèmes vivants, et plus généralement pour les systèmes qu’eux-mêmes produisent, le principe de contingence n’autorise comme finalité que celle basée sur l’adaptation : d’une part adaptation du système vivant à son environnement, d’autre part action sur celui-ci pour l’adapter au système vivant (double stratégie de l’adaptation). De multiples stratégies sont mises en œuvre à cette fin, et conduisent à leur tour à des projets pour lesquels la double stratégie d’adaptation s’applique aussi, et ainsi de suite…

 

7 La perception et la connaissance de l’environnement pour un système vivant (et par suite pour ce qu’il produit) amènent des outils qui lui permettent de réaliser la double stratégie de l’adaptation. Ces outils, avec l’intérêt qu’il porte à son environnement, dépendent des capacités et de la structure du système, ainsi que du domaine « physique » (matériel, énergétique, informationnel, temporel, spatial…) à l’intérieur duquel sa stabilité et sa pérennité sont assurées. Plus celui-ci est étroit, plus les critères d’adaptation sont simples et moins la perception et la connaissance de l’environnement sont élargis. Possibilité d’adaptation et degré d’ouverture sur le milieu sont ainsi liés. Pour ces mêmes raisons, la perception et la connaissance du monde sont non seulement influencées mais aussi fortement finalisées sur l’intérêt qu’on lui porte pour s’y adapter ou pour l’adapter. Pour l’être humain, la perception, puis la connaissance qui en est l’exploitation, sont affectées d’une intentionnalité (Edmond Husserl).

 

8 La méthode expérimentale garantit au mieux l’objectivité de la perception du monde (par voie naturelle ou avec des moyens adaptés), et de sa connaissance en les rendant autant que possible indépendantes de l’intentionnalité, tout au moins en sachant reconnaître son influence dans les résultats obtenus. Ceci justifie selon moi le principe de réfutabilité de Karl Popper (qui permet entre autres d’écarter les idéologies) et de l’approche positiviste selon laquelle l’inévitable part subjectiviste des connaissances, tout en pouvant être identifiée et maîtrisée par la méthode expérimentale, nous interdit à tout jamais une connaissance réaliste (ontologique) des entités ultimes de la réalité physique. Parce qu’elle permet de trier les influences de l’intentionnalité, et parce qu’elle permet par conséquent une ouverture optimale sur le monde, la méthode expérimentale, pour les capacités cognitives de l’homme, offre le meilleur outil de perception et de connaissance du monde, et par conséquent d’adaptation. Elle permet étape par étape de reculer les horizons du monde physique pour la connaissance humaine, et par suite, d’élargir progressivement le domaine à l’intérieur duquel la vie et l’adaptation de l’homme sont possibles.


9 A contrario, toute attitude qui se ferme sur une intention limitée, totalitaire voire obsessionnelle, ou qui pose la prééminence de soi sur l’environnement, conduit du même coup à restreindre considérablement le champ de connaissance et donc d’adaptation. Elle conduit rapidement à un déséquilibre, elle enferme l’individu ou le groupe dans sa propre représentation, limitée et figée, du monde.

 

10 Ce n’est donc pas pour une soi-disant « valeur morale » préétablie dans la nature ou la métaphysique, qu’il convient de conserver l’ouverture sur les choses et les êtres, de se préserver des forces obsessionnelles, et de garder la sérénité, mais c’est uniquement à la base par efficacité pragmatique de la double stratégie de l’adaptation. Celle-ci est, rappelons-le, la conséquence pour les systèmes vivants du principe de contingence qui n’a rien de métaphysique.


11 Au fond, l’homme (individu et humanité) est face au défi de sa survie et de sa pérennité. S’il accepte ce but il doit se prendre en main et mettre en œuvre tout ce qui favorise l’adaptation avec le maximum d’intelligence… Le but de la vie est la vie, y compris toutes les créations qui en résultent, et ce n’est déjà pas si mal !


12 Toute organisation humaine doit être une aide pour garantir au mieux l’adaptation, et donc doit se résoudre à assurer les grands équilibres entre les différents projets, groupes et individus. Elle ne se fait pas en vertu d’une idéologie ou d’un système de croyances. S’agissant d’un Etat, national ou supranational, ou en tous cas d’une grande structure publique, l’identification et la mise en œuvre de grandes missions ou de grands programmes de nature régalienne ne doivent poursuivre que ce seul but.


13 Les convictions personnelles et intimes, les différentes sensibilités dans la façon de percevoir et de concevoir le monde, sont l’affaire de chacun et doivent être respectées comme faisant partie des besoins intrinsèques à la condition humaine (qui incluent les besoins physiologiques, d’aspirations, de sécurité, d’affection, de reconnaissance, de respect, de liberté, de culture, de distractions, etc) avec lesquels il faut compter ne fût-ce que dans un souci stratégique d’efficacité pragmatique (par exemple obtenir l’adhésion des personnes, susciter ce qu’elles peuvent donner de meilleur en elles, obtenir un consensus stable par négociation, etc). Mais ces convictions privées n’ont pas à prévaloir dans les missions régaliennes de recherche des grands équilibres. Tant qu’elles ne les rompent pas, leurs libertés doivent être garanties comme toutes les autres et on n’a point à en juger.


©Frédéric Élie, mars 2005, décembre 2005, mars 2009 - http://fred.elie.free.fr - page 1/3