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Le psychisme et la science

réflexions

 

première partie : Thierry VERHAEGE

(e-mail : Thierry.Verhaege@gmail.com)

 

deuxième partie (discussions) : Thierry VERHAEGE, Frédéric ELIE

3 décembre 2010

 

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Introduction par Frédéric Elie, 3 décembre 2010:


J’ai beaucoup hésité à mettre sur ce site le présent article qui introduit une vision inédite de Thierry Verhaege sur la place du psychisme humain dans le réel. Le thème traité fait partie des grands sujets de la philosophie cognitive, laquelle, aujourd’hui, met en commun des domaines scientifiques et philosophiques très divers : psychologie, neurosciences, neurobiologie, intelligence artificielle, métaphysique du rapport de l’esprit humain avec le réel, théories de l’information, dynamique des systèmes complexes, symbolique et linguistique... Ces interrogations touchent tellement nos conceptions du réel et de ce fait le sens de la place de l’homme dans l’univers que, si l’on n’y prend pas garde, elles peuvent dériver très vite vers des approches spiritualistes, religieuses, idéologiques, avec toutes les susceptibilités qu’elles peuvent susciter.

Aussi l’exercice de Thierry Verhaege présenté ci-après était-il vu a priori comme risqué. Risqué par rapport à quoi diriez-vous ? Le risque est qu’il peut être la cible de deux forces antagonistes : l’une qui tend à aspirer l’homme vers une vision paranormale et superstitieuse des choses (et cette tendance s’affirme aujourd’hui malgré les tentatives de vulgarisation du savoir scientifique – c’est que le « savoir » scientifique, présenté par les médias, instruit assez bien sur les résultats de la science mais très peu sur les conditions de l’esprit scientifique) ; l’autre qui fixe une seule voie de salut pour la connaissance, globalement réductionniste et matérialiste. Or cette dernière tendance n’est pas caractéristique de la démarche scientifique fondée sur la méthode expérimentale. Cette tendance s’attache à un type de résultats que produit la démarche scientifique, mais elle n’est pas toute cette démarche ! Nous avons vu par ailleurs que la démarche scientifique selon la méthode expérimentale repose sur deux grands principes : le principe d’objectivité, et le principe de réfutabilité d’une théorie scientifique (K. Popper) qui, selon moi, découle du premier. Toujours selon moi, cf. article « Méthode expérimentale », ces principes sont cohérents avec la recherche d’une compréhension du monde qui exclut tout finalisme à l’échelle du cosmos.

Je ne puis donc accréditer aucune théorie qui invoque un finalisme, une téléologie présentés comme une nécessité a priori, pour prétendre expliquer les choses et les phénomènes observables. Ceci n’exclut pas, bien entendu, le finalisme que l’on peut trouver dans les systèmes complexes et vivants et qui traduit une nécessité qui est la conséquence d’une recherche d’invariance à travers l’évolution biologique.

Pourtant, en toute rigueur, la théorie présentée ci-après ne contredit pas, par sa démarche, les principes fondamentaux que j’ai évoqués : malgré l’apparent dualisme qui semble s’en dégager, elle ne remet en cause ni le principe d’objectivité (celui-ci n’impose nullement une vision exclusivement moniste de l’univers), ni le principe de réfutabilité (la théorie est d’ailleurs déductive), ni même l’exigence d’absence de téléologie (Thierry Verhaege ne parle jamais de cause finale). La théorie peut donc être considérée de ce point de vue. Et c’est pourquoi j’ai proposé à Thierry qu’elle soit présentée ici.

Alors, pourquoi avoir hésité ? Pour deux raisons, qui finalement ont été mises de côté :

-          Sur un plan épistémologique, la théorie est déductive (par opposition à inductive), ce qui n’est pas gênant en soi, mais elle ne propose aucune voie pour vérifier expérimentalement les conclusions auxquelles elle arrive et qui incluent les phénomènes paranormaux. Certes, elle insiste sur la nécessité que la science ne doive faire l’impasse sur aucune famille de faits, fussent-ils « paranormaux » (et cette invitation fut lancée par Rémy Chauvin, ou encore Charles Tart) (les noms d’auteur soulignés renvoient aux références bibliographiques classées par ordre alphabétique en fin d’article). Mais l’étude expérimentale des phénomènes paranormaux n’apporte pas à ce jour de « preuves » à l’une ou l’autre des théories spiritualistes, comme peut l’être celle de Thierry, parce qu’aucun protocole expérimental n’est proposé à partir de ces théories.

-          Sur le plan des paradigmes actuels, dont l’un des plus partagés (mais il y a d’autres courants de cognitivisme) se fonde sur une vision moniste, physicaliste, connexionniste et émergentiste du rapport entre l’esprit humain et sa perception du réel, y compris lui-même, il y a peu de place pour une vision idéaliste, et encore moins dualiste (et je ne parle même pas de la vision spiritualiste !), même si ces visions n’invoquent nullement un quelconque principe téléologique (principe qui consiste à expliquer les choses et les faits en terme de cause finale préétablie... par qui ?). Pourtant rien, dans les principes fondamentaux de la science, n’interdit cela. Adhérer à ces paradigmes est donc, finalement, une affaire de credo que l’on cherche à confirmer par la multiplication des résultats expérimentaux qui semblent aller dans son sens. Eh oui, même en science il y a des credo. Ce n’est pourtant pas faute de l’avoir dit (K. Popper) : lorsqu’un résultat expérimental ne contredit pas une théorie inductive (voire est conforme à ses prévisions), cela ne signifie pas pour autant que ladite théorie soit la seule théorie vraie capable d’expliquer le fait expérimental. C’est d’ailleurs pour cela qu’une théorie inductive scientifiquement acceptable doit prévoir, dans son formalisme, son domaine de validité, c’est-à-dire l’ensemble des expériences qui ne la contredisent pas ou confirment ses prédictions, et au-delà duquel toute expérience puisse la contredire ou bien, si elle est conforme à ses prédictions, doive relever d’une prédiction issue d’une autre théorie et non pas de la théorie considérée (l’expérience entre dans le nouveau domaine de validité de la nouvelle théorie qu’il reste à construire).

La prudence, la méfiance envers tout triomphalisme scientifique, sont donc de mise : il vaut mieux s’abstenir de succomber sans discernement aux modes imposées par des visions que n’exige pas le cœur de la démarche scientifique, même si, par credo métaphysique, j’adhère, pour le moment, aux thèses monistes, physicalistes, émergentistes qui, pour moi, satisfont au mieux au « rasoir d’Occam ». L’attitude n’est pas de chercher à faire plaisir aux modes du moment, même si l’on y adhère, mais d’examiner toute démarche honnête (au sens du respect du canon de la méthode expérimental) qui cherche quelques idées sur la nature de l’esprit humain, du monde, et du rapport entre les deux. C’est pourquoi je me suis ravisé par rapport à la théorie de Thierry. Elle ne propose pas d’expériences cruciales pour conforter ses hypothèses, mais elle porte de prime abord une cohérence interne, que cela satisfasse ou non le credo métaphysique. Cela peut suffire pour aller peut-être un jour plus loin sur un plan expérimental.

Ne pas s’imposer de censure, dans le respect du canon de la méthode expérimentale, présente un enjeu fondamental : l’insoumission aux modes intellectuelles, la libre pensée et la liberté d’explorer des pistes !

Nous allons voir que, selon la thèse de Thierry Verhaege, nous ainsi que le monde, sommes imagination d'une entité transcendante. Pourquoi pas, au fond? Pourquoi ne serions-nous pas que "grains d'imagination"? Grandeur (nous serions une pensée d’une entité transcendante) et donc en même temps faiblesse (nous ne sommes qu'une imagination d’une entité transcendante, et rien par nous-mêmes), voilà qui nous remettrait à notre vraie place.

Même si, aujourd'hui, je ne souscris pas à la grande majorité du contenu des thèses de Thierry Verhaege (comme on le verra en partie II), j'adhère néanmoins au courage épistémologique dont il fait preuve pour oser les construire : dans ce que dit Thierry comme dans ce que j’ai répondu dans le débat (partie II) il y a, comme une constante, la recherche d'une vigilance vis-à-vis du monde et des êtres qui nous entourent et où nous sommes coacteurs, la recherche de notre place.

Mon site n’a pas vocation de privilégier exclusivement certains courants d'idées, mais il se donne la liberté d’examiner les idées dès lors qu'elles sont argumentées, respectueuses de la controverse et de la tolérance. A mon humble niveau, l'heure n'est plus de se priver des éventuelles opportunités de confronter des paradigmes, car nous ne pouvons pas prédire lequel sera le plus opérationnel dans trente ans! Lors du débat (partie II) j’évoquerai par la même occasion une des questions fondamentales qui me préoccupent : celle de l’étrange concept d’émergence, notamment de la conscience de soi (et sur laquelle une récente découverte du physicien ukrainien Kirilyuk semble selon moi prometteuse et qui pourrait être rapprochée de ma tentative de théorie des Stratons que j’évoque également brièvement dans l’article)...

 



©Thierry VERHAEGE, Frédéric ELIE, 3 décembre 2010 - http://fred.elie.free.fr - page 1/3