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Le temps et le Zoran


Frédéric Élie, juin 2011


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« Si vous de dites rien à votre brouillon, votre brouillon ne vous dira rien ! »

Jacques Breuneval, mathématicien, professeur à l’université Aix-Marseille I, 1980


Pour un être vivant la notion du temps avant sa naissance et après sa mort n’a pas de sens pour sa conscience. S’il se croyait seul existant, sans monde extérieur à ce qu’il est et qu’il perçoit, il affirmerait que le temps n’existait pas avant sa naissance, et il définirait une échelle caractéristique en-deçà de laquelle il poserait l’inexistence du temps.

Pourtant nous savons que l’être vivant en question est apparu dans un monde qui lui est préalablement extérieur et où le temps extérieur existe : on peut par exemple dater la naissance de cet être dans cette échelle du temps extérieur, même si pour l’être, avant cette naissance, son temps à lui n’a aucune réalité. Il en est de même au moment de la mort : le temps cesse pour l’être bien que le processus de mort peut être daté dans l’échelle du temps du monde extérieur.

La perception du temps, la conscience du temps chez un individu est donc différente du temps externe qui rythme les processus du monde extérieur. Différente, mais pas indépendante, car sans le temps externe il n’y aurait pas de temps subjectif (sans quoi celui-ci serait une pure illusion !). Reste à savoir si la réciproque est vraie : sans temps subjectif, le temps externe existe-t-il ? Nous y reviendrons.

Tout se passe alors comme si le temps subjectif résultait de l’action d’une fenêtre perceptive sur le temps externe, tout comme dans un système d’acquisition et de traitement de l’information. Et cette action n’est pas forcément linéaire : des distorsions importantes, des phénomènes de filtrage ou d’échantillonnage, peuvent exister entre le temps subjectif et le temps externe. Par exemple, comme l’a fait remarquer Albert Jacquard, au moment de la mort la conscience du temps peut devenir infinie et donner l’illusion d’une éternité, bien que, vu de l’extérieur, le processus de mort est sur une durée finie. Mais ce n’est qu’une hypothèse. La fenêtre est caractérisée par une fonction de transfert qui peut s’exprimer dans le domaine temporel ou le domaine spectral : h(t, t’) ou H(ω). Nous supposons, en vertu du principe du monisme physicaliste et émergentiste auquel j’adhère pour le moment, qu’elle est fortement liée par la structure, l’organisation, la complexité du système cognitif, voire l’organisme entier, de l’individu...